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SCHUMANN / Papillons, Carnaval, Davidsbündlertanze

Schumann Bianconi La Dolce Volta

 

Informations

- LDV 28

- Sortie le 26 août 2016

- 1 CD / 77'51

- Enregistré à Soissons en April 2016

- Enregistrement, direction artistique et montage : Jean-Marc Laisné (Amati)

- Piano Steinway D-357

- Illustrations: Bernard Martinez 

« Un pianiste conteur » Le Figaro Magazine

L’homme est discret et raffiné. Est-ce la raison pour laquelle ce pianiste hors pair a eu tant de mal à s’imposer en France, où priment l’apparence et l’attitude ? L’Hexagone boudait Philippe Bianconi quand les États-Unis l’acclamaient. Mais l’heure de la reconnaissance est enfin venu.
Cette semaine, il joue à Bagatelle et figurera parmi les têtes d’affiche du festival Piano aux Jacobins à Toulouse. Surtout, le concertiste sort un disque consacré à Schumann qui fera date. Car ce niçois aime autant être conteur qu’interprète : à travers sa musique, Philippe Bianconi raconte toute la psychologie du compositeur allemand qui sombra dans la folie. Le disque se veut “la projection de son mental entre des périodes de grande excitation et d’autres d’immense lassitude“. On y passe de Florentin et d’Eusebius, personnages “aux humeurs violemment contrastées“, à une succession de pièces très courtes. D’où le titre de l’album : Doubles et masques.
Au contraire de nombre de ses compères, Philippe Bianconi n’est pas passé par le Conservatoire de Paris, “avec toutes les relations que cela procure“. Il s’est bâti seul, remportant concours sur concours, d’abord en Europe, puis à Cleveland.
A 56 ans, il se souvient attendri de cette période “déterminante pour mes débuts en Amérique” et continue de défendre le concert avec une constance sans faille. Cela lui a permis d’exister, de s’imposer, “même par des œuvres déjà tellement visitées“. Et de préciser : “Ce que le génie humain a produit, cela élève avec ou sans compréhension profonde“. Entendez : même les néophytes peuvent en profiter. Pour le prouver, il raconte volontiers l’émotion et l’engouement des enfants lorsqu’ils entendent pour la première fois la musique de Chopin.
Bon pédagogue, il reconnaît qu’un concert de “grande musique” peut faire peur. “Lors d’une exposition, on choisit de consacrer du temps à une œuvre ou de passer à l’autre, et on peut s’échapper à tout moment. Au concert, assis sur son siège, le temps est le même pour tous les spectateurs“. Mais le conteur insiste, le jeu en vaut la chandelle : “Allez, venez et laissez-vous aller

« Pari pleinement réussi » Qobuz

Il est assez singulier qu’au début de sa carrière de compositeur, Schumann ait écrit plusieurs grands cycles rassemblant des pièces généralement assez courtes, des sortes de vignettes durant parfois vingt secondes, parfois deux minutes, rarement plus. Ce sont les Papillons de 1831, le Carnaval de 1835 et les Davidsbündlertänze de 1837. Ces ouvrages ont souvent pour argument des œuvres littéraires, des caractères humains (en particulier ceux de Schumann lui-même, partagé entre Florestan et Eusebius), des humeurs violemment contrastées – celles de Schumann encore, ou des personnages réels et imaginaires desquels il s’entoure, comme Chopin, Paganini, Clara Wieck, la craquante domestique du vieux Wieck, Pantalon et Colombine, des jeux de lettres et de mots…Bref, tout un monde intérieur et difficile à décrypter pour qui ne connaît pas bien la vie de Schumann. Mais est-il nécessaire d’avoir toutes ces clefs pour goûter cette musique ?
Philippe Bianconi nous prouve que non ; le pianiste, Premier Prix du Concours de Cleveland, lauréat du Van Cliburn, s’attaque de nouveau à ces œuvres de la première maturité de Schumann (il en a déjà enregistré certaines), difficiles d’accès car d’apparence presque simple alors qu’il n’en est rien. Pari pleinement réussi.
© SM/Qobuz

« L'art du travestissement » Le Monde

Opportunément sous-titré « Doubles et masques », cet album aux multiples séductions est un modèle de mise en scène. Le livret accueille une série de portraits du pianiste Philippe Bianconi renouvelant la donne vestimentaire en blanc (chemise) et noir (costume, cravate, etc.).
Les œuvres, ensembles de miniatures, transcendent le principe du travestissement musical cher à Schumann. Quant au jeu de Philippe Bianconi, il procède d’une science de l’éclairage et de la figuration qui magnifie chaque scène ciselée par le compositeur. Par exemple, sous l’égide des Papillons, où chacun semble avoir un rôle bien précis. Le premier invite au parcours paisible alors que le deuxième traverse le ciel par surprise et que le troisième s’impose en chef d’escadrille (si cela existe chez les lépidoptères).
Tous semblent guidés par un poète – enfant rieur ou adulte rêveur. Il en va de même des acteurs exaltés qui animent le Carnaval intimiste et les spectaculaires Davidsbündlertänze.

« Le piano poète » Le Nouvel Obs

Philippe Bianconi donne à entendre un “Carnaval” et des “Davidsbündlertänze” enthousiasmants.
Ce n’est pas tant leur mystère constamment renouvelé qu’il transmet; c’est surtout ce qui le crée: par une clarté et une précision presque maladives, une économie de pédale qui frise la lésine, il montre les racines du mystère: on ne le démontre pas mieux, mais on perçoit comment, et de quoi, il est fait. Ainsi déshabillé, Schumann devient fascinant : comme tout grand poète, il fuit la lumière à mesure qu’on le dévoile.

« Le sens du non-dit » Musikzen

Avec Schumann l’insondable, Philippe Bianconi creuse son sillon singulier.
Sage apparence, imaginaire fantasque : c’est ainsi qu’apparaît Philippe Bianconi dans le reportage photographique savamment décalé illustrant ce nouveau CD. Une bonne introduction à ce programme Schumann, où le kaléidoscope des Papillons annonce celui, plus mûr, du Carnaval, lequel trouve dans les Davidsbündlertänze un écho méditatif, triple jeu de miroirs brisés renvoyant à l’infini des éclats imprévisibles. Une sorte d’accomplissement aussi que ce triptyque, où l’on retrouve les qualités schubertiennes, chopiniennes et debussystes de l’artiste, mises au service de ce cette musique pure à l’inspiration littéraire (Schumann mettait à égalité le mot et la note). Toucher ferme, jeu au fond du clavier, refus du premier degré : d’Yves Nat à Jean-Efflam Bavouzet, Schumann a son école française d’interprétation et Philippe Bianconi en fait partie à sa manière, sans effet de manche, avec un sens du non-dit qui le place à part. Ce n’est probablement pas par hasard qu’à la différence de nombre de ses confrères, il omet, dans le Carnaval, les Sphinxes, trois groupes de notes donnant la clé – sentimentale – de l’œuvre.

« Impressionnant ! » Pianiste

Pour son troisième album chez La Dolce Volta, Philippe Bianconi a choisi Schumann. Le Schumann le plus exigeant, peut-être. Non que le reste du répertoire lui soit inférieur. Mais parce que ces pièces écoutées à la suite (51 au total), et qui appartiennent à trois entités cohérentes, doivent se distinguer dans une immensité sensible, entre pudeur et véhémence. La perte de tension, l’absence de caractère et, à l’inverse, les contrastes brutaux peuvent, en revanche, tout détruire dans l’instant. C’est toute la difficulté de maîtriser la puissance du piano moderne dont Schumann n’aurait pu imaginer l’existence.
Philippe Bianconi relève le défi, modifiant l’épaisseur de son toucher, jouant sur la profondeur des plans sonores, pour quelle valses des Papillons tissent des portraits littéraires “justes” comme l’écho du roman Flegeljahr de Jean Paul. Ce romantisme qui s’évade de Chopin est vécu avec une belle détermination, autant d’humour que d’éloquence brûlante.
Les Davidsbündlertänze, eux, paraissent d’une clarté et d’une élégance rares. tant de lectures orgueilleuses se précipitent à l’aube de l’expressionnisme, cassant la souplesse de l’instabilité schumanienne. La densité du jeu énergique, mais jamais brouillon, demeure d’une étonnante lisibilité. Il respire alors que chaque harmonique est parfaitement contrôlé, les micros restituant presque la densité des feutres important les cordes.
Le Carnaval surgit,grandiose et sans dureté. La mosaïque d’acteurs, de souvenirs, de sentiments et d’espoirs se met en place. Philippe Bianconi devient un acteur : il ne se substitue pas au compositeur. Il ne fait que traduire des visions fugitives avec une certitude technique qui impressionne tout autant que la variété rayonnante de ses nuances et des couleurs.

« Schumann, c'est son monde » Artamag'

A quoi tient le génie de Schumann ? A l’équilibre, répond Philippe Bianconi contre toute une noria de pianistes, et malgré une certaine tradition qui voit dans le piano de Schumann l’instrument de sa folie. C’est assez culotté, parfaitement assumé, et ce nouvel opus de son long parcours chez l’auteur des Kreisleriana qui ajoute à sa discographie Papillons et Carnaval met les points sur les i.

Oui, ce classicisme du jeu, cette maîtrise de l’expression qui n’exclut ni l’émotion ni les éclats, cette simplicité de la conception comprennent tout de la syntaxe schumannienne, en respectent la lettre, n’y ajoutent rien car le texte si suggestif se suffit à lui-même. Qu’on ne croit pas cependant retrouver ici cette neutralité qu’un Karl Engel restitua pour mieux faire entendre le génie intrinsèque du musicien – il luttait alors à contre courant de ce Schumann des virtuoses, excentrique et visionnaire, qui cofondait romantisme et exhibitionnisme.

Car ce piano montre une puissance d’imagination, une intensité de jeu, un clavier si incarné qu’en effet toute la démesure de Schumanny entre pour mieux s’y ordonner. C’est entendu, pour Bianconi, Schumann est un romantique classique qui connait son Bach par cœur : les polyphonies chantent ici, somptueuses, amples, discours complexe qui se fait entendre par des doigtés savants et diablement efficaces : on entend dans Carnaval des frottements harmoniques rarement perçus, sans pourtant que rien ne paraisse souligner. Et dans ce petit carnaval que devient Papillons, placé comme en préambule de l’album, la magie des timbres crée des effets spatiaux étonnants, comme lorsqu’à l’ultime pièce la sonnerie de cor s’éloigne dans les brouillards du Rhin alors que résonne une cloche.

Carnaval n’est plus cette galerie de portraits, mais une vaste ballade dans la psyché schumanienne, où les épisodes se répondent pour former une guirlande sonore. La puissance du jeu, l’intégrité de la sonorité d’ensemble sont les signes d’un art parvenu à sa maturité.

Et les Davidsbündlertänze? C’est l’œuvre porte-bonheur de Philippe Bianconi, celle avec laquelle il remporta en 1985 la Silver Medal du Concours Van Cliburn (VAI avait édité la performance en microsillon jadis), qu’il grava ensuite pour Lyrinx. Sa nouvelle mouture confirme la compréhension parfaite qu’il a de ce cahier aventureux, avec une attention plus acérée aux échos qu’il recueille. Ainsi, à mi parcours, lorsque surgit une réminiscence des Papillons, elle s’entend, portée par l’étrange modulation harmonique qui la provoque. Cette science sans pose montre bien à quel degré d’intimité Philippe Bianconi est parvenu ici : Schumann, c’est son monde.

« Place à l'introspection » MAG-Musique

Cette version n’est pas seulement techniquement insurpassable et musicalement parfaite, elle est également intelligente et réfléchie.
Les trois œuvres ont d’abord pour thème commun le bal masqué et la danse, par lesquels Schumann tente d’exprimer les aspects contradictoires de sa personnalité, la dissimulation des sentiments par le jeu et le masque, la passion de l’amour romantique, le rêve et la réalité. Mais Bianconi a bien vu que, de l’une à l’autre, Schumann va toujours « plus profondément dans l’introspection, plus loin dans la liberté compositionnelle ». Les Davidsbündlertänze recèlent des choses extraordinaires dans l’ordre du bonheur et de l’angoisse, dit-il à juste titre, « d’une invention, d’une originalité absolument folles », où tout est essentiel.
C’est ce cheminement intérieur que Philippe Bianconi fait magnifiquement entendre, où chaque note prend à la fois une charge émotive inouïe et garde un secret sans cesse à découvrir.

 

 

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"Le moment était venu pour moi d'enregistrer ces œuvres" confie Philippe Bianconi.

Il est assez singulier qu'au début de sa carrière de compositeur, Schumann ait écrit plusieurs grands cycles rassemblant des pièces généralement assez courtes, des sortes de vignettes durant parfois vingt secondes, parfois deux minutes, rarement plus. Ce sont les Papillons de 1831, le Carnaval de 1835 et les Davidsbündlertänze de 1837.
Ces ouvrages ont souvent pour argument des œuvres littéraires, des caractères humains (en particulier ceux de Schumann lui-même, partagé entre Florestan et Eusebius), des humeurs violemment contrastées – celles de Schumann encore, ou des personnages réels et imaginaires desquels il s'entoure, comme Chopin, Paganini, Clara Wieck, la craquante domestique du vieux Wieck, Pantalon et Colombine, des jeux de lettres et de mots... Bref, tout un monde intérieur et difficile à décrypter pour qui ne connaît pas bien la vie de Schumann. Mais est-il nécessaire d'avoir toutes ces clefs pour goûter cette musique ?

Philippe Bianconi nous prouve que non et s'attaque à ces œuvres de la première maturité de Schumann, difficiles d'accès car d'apparence presque simple alors qu'il n'en est rien. Pari pleinement réussi.

 

Générique

 

1Papillons Op. 2

2Carnaval Op. 9

3Davidsbïndlertänze Op. 6

 

14'36

28'22

33'41